Le curé rouge qui a bouleversé la vie des enfants de bourgeois

Qui ne se souvient du héros de D’autres vies que la mienne, le livre à succès d’Emmanuel Carrère ? Ce juge lyonnais en lutte contre les sociétés de crédit renouvelable qui, à force de ténacité, obtient qu’évolue la loi au profit des surendettés. Il se nomme Etienne Rigal et à la page 114 de ce roman que nourrit le réel, Emmanuel Carrère écrit de lui qu’il « se rappelle avec amitié l’aumônerie qu’il fréquentait à Sceaux, où un prêtre dont il respectait l’intelligence, un éveilleur lui aussi, leur faisait lire Dom Helder Camara et les théologiens de la libération ». « Il pense que ce n’est pas tout à fait un hasard si trois de ses camarades d’aumônerie sont devenus comme lui magistrats, parmi les plus brillants mais aussi les plus marqués à gauche de leur génération. »

Ce prêtre auquel Etienne Rigal prête une si forte influence, c’est le père Jean-Claude Bée. « L’abbé Bée », comme le surnommaient affectueusement les jeunes. Un curé de 69 ans, à quelques années de la retraite, que nulle notoriété n’a pour l’instant rattrapé. Le discret prêtre référent de la paroisse Saint-Bathilde de Châtenay-Malabry. Pour ses quarante années de sacerdoce, l’an passé, 150 jeunes passés dans les années 1970 par son aumônerie lui ont organisé une impressionnante démonstration de gratitude. Fête géante. Et beau livre dans lequel ils témoignent : ce prêtre, cette aumônerie, les ont aidés à grandir, à se forger un esprit critique, une vraie confiance en eux-mêmes, en l’autre, en l’avenir. Une envie de donner sens à leur vie.

Le père Jean-Claude Bée. © Fabrice Gaboriau

Cette « période incontestablement marquante de mon existence », nous résume Etienne Rigal, qui a fréquenté l’aumônerie de la classe de quatrième jusqu’à l’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature, « m’a poussé à choisir ma profession en fonction d’une volonté de transformation sociale ». Ils ont été des dizaines de jeunes gens à suivre la même route, renonçant parfois à des carrières prestigieuses et hautement rémunératrices pour des métiers qui valaient engagement. D’abord objecteurs de conscience, en masse. Puis responsables d’ONG. Travailleurs sociaux. Médecins de santé publique. Magistrats engagés à gauche syndicalement. Enseignants en milieu difficile. Chefs d’entreprise à gestion humaine… Certains, quoique brillants, ont renoncé à des études longues pour se mettre plus rapidement au service de la collectivité.

 

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