La biodiversité, une «bouée de sauvetage» pour les pays les plus pauvres

Travaux agricoles en Ouganda. CHALASANI/SIPA

 

INTERVIEW – Dans le cadre de la campagne de la Ligue ROC, qui va comparer les programmes des candidats à la présidentielle sur le thème de la biodiversité, «20 Minutes» revient sur les enjeux. Cette semaine, comment l’aide au développement sert aussi à financer la préservation de la nature…

Concilier développement économique et protection de l’environnement n’est pas toujours facile. Dans des pays où l’extrême pauvreté prive des milliers de personnes de nourriture, d’accès à l’eau potable où à un médecin, l’écologie pourrait passer pour un souci de riche. Pourtant, les aides au développement accordées par la France comprennent souvent des critères environnementaux, que Gilles Kleitz, chef de projet biodiversité à l’Agence française de développement (AFD) estime indispensables pour une croissance «verte».

Comment l’aide au développement peut-elle aider à protéger l’environnement?

La protection de la biodiversité, en tant que bien public mondial, est un des objectifs donnés aux instruments d’aide au développement français. Les projets financés ne doivent pas détruire les milieux naturels, compenser leurs impacts sur l’environnement, favoriser les solutions écologiques… A l’AFD, une cellule vérifie que tous les projets sont corrects en terme environnemental et les plus néfastes ne sont pas financés.

L’AFD finance-t-elle des projets à visée uniquement environnementale?

Il existe des projets dédiés à la biodiversité: il s’agit de protection des espaces protégés, de réhabilitation des parcs nationaux ou de réserves naturelles, de gestion durable des forêts, d’aide aux ONG du Sud… Mais ils ne représentent que 100 millions d’engagement par an sur 7 milliards au total.  Pour augmenter les moyens, il faudrait faire preuve d’imagination financière, par exemple en créant des fonds ou des placements qui permettraient un financement pérenne: plutôt que de verser d’un coup une grosse somme d’argent, on pourrait la placer dans un fonds dédié à la biodiversité et utiliser les produits financiers sur quelques dizaines d’années.

N’est-il pas compliqué de demander à des pays très pauvres de protéger l’environnement?

Nous sommes toujours tributaires des priorités des pays du Sud, et la biodiversité est souvent au second plan après la santé, la lutte contre le VIH, l’éducation… Notre tactique est de dire que tous ces sujets sont liés: environ 80% de la population des pays les plus pauvres vit de la pêche, de l’agriculture, de la chasse, du fourrage, du bois,… Les politiques ont conscience du lien fort entre préservation de l’environnement et niveau de vie, donc ce n’est pas vu comme un souci des pays du Nord, mais au contraire comme une bouée de sauvetage. En revanche, c’est vrai que si on arrive en disant qu’on va sauver le panda ou les gorilles, on prête le flanc aux critiques.

Comment concilier développement économique et préservation de l’environnement?

Il faut travailler avec les ONG pour promouvoir des modèles de développement économique réellement verts, qui s’appuient sur la valorisation et la préservation des écosystèmes. Construire une usine sera toujours plus attractif à court terme que préserver une forêt dont la valeur n’est pas monétaire et dont on ne bénéficie qu’à très long terme.

>> 20 Minutes suit la campagne de la Ligue ROC: interview d’Hubert Reeves, décryptages des enjeux liés à la biodiversité, questions aux candidats et résultats des questionnaires sont à suivre sur 20minutes.fr.

Propos recueillis par Audrey Chauvet
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s